Liaisons dangereuses: attention à la dépendance affective… par Hedva Amouyal | Feminin.co.il

Liaisons dangereuses: attention à la dépendance affective… par Hedva Amouyal

Qu’est-il de plus merveilleux qu’aimer, partager, et échanger dans une confiance et une complicité totales? Pourtant, les femmes le savent bien, souvent, l’amour engendre la souffrance. Et trop aimer, en se sacrifiant, c’est confondre amour et souffrance. Comme le font ces femmes qui restent auprès d’hommes dont le comportement est irresponsable, voire destructeur pour la famille. Pourquoi ces femmes acceptent-elles de vivre de longues années avec des individus alcooliques, drogués, joueurs compulsifs, menteurs et/ou violents – et dont elles ne croient plus depuis longtemps aux promesses de repentir ? Qu’ont-elles en commun et quelle est la solution pour mettre un terme à ce que les psychologues nomment « la dépendance affective », nous tentons de  l’expliquer  dans ce reportage.

Relation = Frustration

Parce qu’elles manquent de confiance en elles, à cause de craintes anciennes, parce qu’elles veulent tant être aimées, de nombreuses femmes s’engagent dans des relations où elles donnent bien plus qu’elles ne reçoivent, des relations qui ne leur apportent que de rares et minces satisfactions, et la plupart du temps, les frustrent dans leur besoin d’attention et de compréhension. Parce que même si ce n’est pas toujours évident à vue d’oeil, on choisit toujours plus ou moins inconsciemment des conjoints qui nous ramènent à notre univers familial. Familial comme familier, à savoir, même si cela implique des perturbations. Ainsi, souvent un homme dont la mère criait beaucoup retrouvera une épouse coléreuse, une fille dont les parents ont été sévères sera attirée par des hommes autoritaires, une femme battue a souvent eu une enfance malheureuse, un enfant de parents alcooliques s’il ne le devient pas lui-même, a de grandes chances d’épouser un alcoolique ou un accro-dépendant d’un autre type. A ces arguments établis par la recherche et les statistiques en psychologie, s’ajoutent de nombreux éléments supplémentaires, comme la peur de l’abandon, la victimisation, ou l’autodestruction ect. Les besoins affectifs s’expriment différemment, selon le vécu de chacun, et à chacun d’en faire l’introspection afin de mieux les combler et d’éviter frustrations et situations d’échec.

Ces femmes qui aiment trop

Depuis la parution en 85 du livre « Ces femmes qui aiment trop », on parle beaucoup de « dépendance affective ». Nombreux sont ceux qui se définissent depuis en ces termes, parce qu’ils se reconnaissent dans les descriptions de l’auteur, Robin Norwood. Psychothérapeute auprès de personnes alcooliques et toxicomanes; elle compare ce qu’elle appelle « aimer trop » à « la consommation abusive » d’alcool ou psychotropes et, conclut que la dépendance est pathologique et qu’il faut s’en débarrasser par une thérapie adéquate à l’addiction. Ainsi, elle recommande de joindre les groupes de soutien de type CoDa (Co-dépendants Anonymes) qui proposent un programme spirituel de rétablissement de la dépendance, selon la Méthode des Douze Étapes inspirée par Alcooliques Anonymes. Les rencontres de groupes permettent de s’identifier et s’entraider à se libérer de ses liens affectifs avec le passé et du besoin de contrôle maladif. (Vous pouvez trouver les coordonnées de tels groupes auprès des services sociaux de votre municipalité).

Besoins affectifs réels

S’il est exact que certains comportements obsessifs du « dépendant amoureux » ont souvent un caractère d’addiction, il ne faut pas pour autant renier tous ses besoins affectifs.

Ainsi, d’autres spécialistes pensent qu’il est inexact et dangereux de traiter cette forme de recherche de l’amour comme une assuétude comparable à l’alcoolisme. Les solutions que suggère cette vision ne peuvent être efficaces, selon Michelle Larivey, psychologue canadienne co-fondatrice de l’école de « l’Auto-développement » : « En laissant croire que la « dépendance affective » équivaut à une assuétude, on empêche de trouver des solutions saines aux insatisfactions affectives et aux façons de réagir qui la composent. On laisse croire qu’il s’agit d’une maladie plutôt que d’une tentative maladroite de trouver satisfaction. On prive ainsi la personne de tout moyen réel d’y remédier par elle-même. On laisse entendre qu’il s’agit d’une forme d’assuétude qui ne peut être résolue que par un contrôle de la volonté et un évitement systématique des tentations. Ceci interdit à toutes fins pratiques au « dépendant affectif » de répondre à ses besoins émotifs fondamentaux. Dans la dépendance, on en vient à compter excessivement sur une personne déterminée pour assurer notre bonheur. Le bonheur d’être reconnu, apprécié. Cette dépendance produira souvent l’attente inconsciente du Prince Charmant et autres chimères. A chacun de trouver la voie vers une gestion productive de ses besoins affectifs, vers une indépendance émotive satisfaisante. Par exemple, en se concentrant sur une occupation intéressante, reprendre des études, un travail ou un hobby. Il ne s’agit pas de transférer son obsession mais de la dévier par une activité qui en faisant diversion, facilitera la « décro » et le travail thérapeutique.  Dans tous les cas, addiction ou besoin d’affection, si vous êtes dans une relation difficile et que vous n’arrivez pas à vous en défaire, il y de fortes chances pour que la situation dure et empire si vous ne tentez pas de vous faire aider par un thérapeute compétent.

Caractéristiques du Dépendant affectif

La dépendance affective se caractérise par des comportements acquis autodestructeurs et des traits de caractère qui se traduisent par une grande difficulté à amorcer et à maintenir des relations affectives saines. Si vous vous identifiez à plusieurs de ces cas, vous être peut-être dépendant(e) affectif(ve).

·       Je rencontre constamment/souvent des difficultés dans mes relations avec les autres

·       Je ressens en moi le mal de vivre

·       J’ai de la difficulté à reconnaître et à exprimer mes besoins.

·       Je sens le besoin de me faire aimer à tout prix

·       Je ressens souvent de la honte, j’ai l’impression de ne pas être à la hauteur.

·       Je recherche des émotions fortes pour avoir l’impression de vivre.

·       Je me sens isolé et j’ai peur des gens, particulièrement des figures d’autorité.

·       Je ne supporte pas l’échec, car quand j’échoue, je crois que je ne vaux rien.

·       Je me sens coupable lorsque je prends ma place et que je me défends.

·       J’ai l’impression que j’ai perdu la capacité de ressentir ou d’exprimer mes émotions.

·       Je ne m’aime pas, j’ai une piètre image de moi. Je suis mon critique le plus sévère.

·       Je ne fais pas confiance à mes émotions.

·       J’ai de la difficulté à dire « non » sans me sentir coupable.

·       Je crains le rejet et je me crée des façades pour être plus acceptable aux autres.

·       Je suis souvent contrôlant ou manipulateur.

·       J’éprouve souvent de la jalousie et je nourris des soupçons de façon maladive.

·       Je me sens victime, ayant besoin d’être pris en charge par d’autres.

·       Je suis souvent obsédé ou compulsif.

·       Je me sens responsable des autres, mais moi je m’oublie.

·       J’ai de la difficulté à m’engager et je suis souvent irresponsable.

·       Je crains les gens en colère et je redoute les critiques personnelles.

·       J’ai l’impression d’avoir peu de contrôle sur ma vie.

Les Anonymes: Inspirés par la méthode thérapeutique des Alcooliques Anonymes, des groupes de dépendants en tous genres se sont formés et fonctionnent avec succès de par le monde: Narcotiques/Cocaïne/ Nicotine/ Marijuana/ Outre-mangeurs/ Obsédés sexuels / Emotifs/ Joueurs et encore bien d’autres Anonymes (il existe même un groupe de soutien pour les Nostalgiques Anonymes. Mais leurs réunions ne sont plus ce qu’elles étaient…).

Voici quelques extraits des principes de base de la Méthode Co-DA (Co-dépendants Affectifs Anonymes):

·       Par crainte d’être abandonnés et laissés seuls, nous endurons et retournons à des relations douloureuses ou destructrices, nous cachant à nous même et aux autres nos besoins de dépendance, devenant de plus en plus isolés et éloignés de nos amis, de nos proches, de nous mêmes et de Dieu.

·       Nous nous sentons vides et incomplets lorsque nous nous retrouvons seuls. Tout en étant terrorisés par l’intimité et l’engagement, nous sommes continuellement à la recherche de nouvelles relations ou contacts sexuels.

·       Nous ressentons le stress, la culpabilité, la solitude, la colère, la peur et la jalousie. Nous nous servons de la dépendance affective et du sexe pour compenser notre manque d’estime de soi, de dignité et de support.

·       Nous nous servons du sexe et/ou de notre attachement affectif pour manipuler ou contrôler les autres.

·       Nous évitons de nous prendre en charge en nous attachant continuellement à des gens qui ne sont pas émotivement disponibles.

·       Nous prêtons aux autres des pouvoirs magiques. Nous les idéalisons et les harcelons pour ensuite les délaisser et les blâmer de ne pas avoir été à la hauteur de nos attentes et de nos fantasmes.

Quelques unes des 12 Etapes de Rétablissement

·       Nous apprenons à éviter les situations qui représentent un risque pour nous, que ce soit du point de vue physique, moral, psychologique ou spirituel.

·       Nous apprenons à nous accepter et à nous aimer nous-mêmes, à assumer la responsabilité de notre propre vie et à combler nos besoins avant de chercher à nous engager dans une relation de couple.

·       Nous commençons à avoir le désir de demander de l’aide, en nous permettant à nous-mêmes d’être vulnérables, tout en apprenant à accepter les autres comme ils sont et à leur faire confiance.

·       Nous nous donnons la permission permettre de travailler sur la douleur que nous cause notre faible estime de nous-mêmes, ainsi que nos peurs de l’abandon et des responsabilités. Nous en venons à ressentir du bien-être dans la solitude.

·       Nous apprenons à accepter nos imperfections et nos erreurs comme des choses qui font partie intégrante de la nature humaine, nous nous guérissons de notre honte et de notre perfectionnisme tout en travaillant sur nos défaut de caractères.

·       Nous commençons à remplacer nos façons auto-destructrices d’exprimer nos émotions et nos sentiments par de l’honnêteté.

·       Nous sommes de plus en plus capables de nous montrer sous notre jour véritable et de développer une réelle intimité dans nos relations avec nous- mêmes et les autres.

Témoignage: « Ce n’était pas lui que je devais changer, c’était moi… »

Après un mariage désastreux, Déborah a compris en consultant un psychanalyste, que c’était à elle de modifier son attitude, plutôt que de tenter de convaincre son mari, buveur, joueur et violent, de se soigner. Après des années de misère sentimentale, enfin, elle renonce et le quitte.  Elle épargne de la sorte à ses enfants davantage de souffrance et de troubles, et s’offre une vraie chance de bonheur grâce à un travail thérapeutique sérieux. Car accepter de se remettre en cause et de changer, c’est un grand pas vers l’harmonie.

« Déjà, à notre premier rendez-vous il est arrivé en retard et sans un mot d’excuse, à part une flopée d’injures contre les embouteillages. Il ne parlait quasiment que de lui, de ses problèmes, de ses ennemis… Non seulement je suis restée, mais je me suis mise à l’aider, le consoler, payer ses factures, régler ses conflits… Lui me disait combien il m’était reconnaissant, combien il avait besoin de moi pour vivre… et j’étais comblée. Pourtant jamais un cadeau, un effort pour me faire plaisir ou une attention particulière à mon égard. Je commençais alors à nourrir de la rancune, de l’amertume, des frustrations et nous nous disputions longuement et souvent violemment, lorsque j’osais revendiquer ce que je pensais qu’il me devait bien; à savoir, de la mutualité, ou de l’amour, si vous voulez. Après ces crises terribles où je me promettais de ne plus rien faire pour lui ou de le quitter même, la routine reprenait… jusqu’à la prochaine crise. Plus j’essayais de le contrôler et d’obtenir ce que je voulais, plus j’échouais et me retrouvais plus misérable que jamais. En quelques années, la situation s’est tellement aggravée, il m’a même battue plusieurs fois au cours de ses accès de fureur, je perdis l’appétit, mes cheveux tombèrent, j’attrapais de l’eczéma, je m’éloignais de mes amis et de ma famille, bref, la dépression. Quand je pris conscience du désastre qu’était ma vie, je consultai un psy. Enfin j’avais accepté le fait que je ne parviendrai pas à le faire changer et que ce n’était pas à moi à le faire, je devais avant tout me préoccuper de mes problèmes et comprendre pourquoi je « tombais toujours sur des types infâmes »…  Mon thérapeute m’apprit à éviter les conflits dans un premier temps, et la mise en pratique de ses conseils s’avéra porteuse: moins de tentatives de contrôle et de critique de ma part, moins de risques d’éveiller sa violence. Mais encore des frustrations: tant qu’on ne se détache pas de notre pseudo-responsabilité vis-à-vis de notre partenaire. Et qu’on s’imagine que résoudre ses problèmes, résoudra les nôtres. Que lorsqu’il arrêtera de boire ou de parier, lorsqu’il fera une thérapie, tout ira bien. Rien n’est moins sûr, car s’il entreprend une thérapie pour moi, il l’arrêtera à cause de moi, il doit vouloir pour lui-même et de lui-même, réellement changer. Mais ça désormais, c’est son problème, plus le mien. Moi j’ai décidé de me revoir à la hausse, en tous cas à ma juste valeur: et je pense mériter mieux. (…) Après, c’est un travail de recherche et d’introspection qui nous apprend à déceler les comportements types qui nous mettent en situation d’échec. A déterminer ce qui dans notre enfance nous a conduit là, finalement. Et pacifier avec l’image de nos parents, gérer nos frustrations, pour être à notre tour de bons parents. Mes enfants ont été les premiers à souffrir de ce climat violent et de ma dépression. Je veux à présent les en protéger pour qu’ils puissent développer eux des relations saines, enfin, s’il n’est pas trop tard… Pour ma part, je veux être la meilleure mère,  une maman heureuse, tout simplement. Et la psychanalyse m’aide, c’est indéniable. »

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